Le Mot et la Notion
Mot Dans le langage courant, un mot est une suite de sons ou de caractères graphiques formant une unité sémantique et pouvant être distingués par un séparateur (par exemple un blanc typographique à l'écrit, ou une pause à l'oral).
Étymologie Le mot français dérive du bas-latin muttum. Il s'agit d'un substantif du verbe latin muttire dont la signification reste obscure. Ce verbe indique généralement la production d'undiscours inarticulé et/ou incohérent : au sens propre, muttire, c'est dire mu, soit grogner comme un bovin. Toutefois, il définit également le contraire, soit la formulation d'un énoncé articulé. Dès son origine, le mot se trouve chargé d'une tension sémantique et tiraillé entre deux significations contradictoires. Jusqu'au XIIe siècle, la première signification l'emporte : l'usage de muttum ou de mu est exclusivement péjoratif. Progressivement, la notion se neutralise et devient un simple qualificatif linguistique. Ce faisant il entretient une relation synonymique avec tout une galaxie de concepts alors interchangeables : le verbe, la parole, le dit, le vocable…
Cette incertitude se prolonge jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Publié en 1690, le Dictionnaire universel d'Antoine Furetière définit encore le mot par la parole et la parole par le mot. Le Dictionnaire français de Richelet (1680) procède par contre à une distinction destinée à rester : le mot désigne « tout ce qui se prononce et s'écrit à part » , tandis que la parole constitue le « discours et explication de la pensée par leson et la voix » . On ne retrouve cette distinction arbitraire dans aucune autre langue romane. Équivalents lexicaux de parole, l'espagnol palabra, l'italien parola et le portugais palavra traduisent sémantiquement le mot français. Le roumain cuvânt dérive quant à lui de deux termes latins : conventum (convention) et conventus (assemblée)
Une instance normalisatrice Le mot "mot" est une généralisation d'un ensemble pouvant être divisé en plusieurs parties (adverbes, pronoms, déterminants, nom. . . ) et peut être considéré comme une sorte d'instance normalisatrice, car il peut désigner tout, et ce dans toutes langues et toutes les civilisations, particulièrement à l'oral. Une notion problématique La notion de mot soulève d'importants problèmes d'identification. Elle dépend avant tout de l'intuition des locuteurs, chacun sachant citer des mots ou les identifier sans pour autant pouvoir expliquer quels sont ses critères de jugement.
Cas-limites Parmi les principaux problèmes se présentant lorsque l'on veut définir la notion de mots, on peut citer ceux-ci : dans la langue parlée, il n'existe qu'une chaîne de phonèmes, séparés parfois par des pauses. Le blanc typographique (par exemple) n'a pas forcément de représentation orale, laquelle peut être symbolisée par la ponctuation ; toutes les écritures n'utilisant pas le blanc typographique (c'est le cas en chinois, où l'on distingue d'ailleurs les caractères, 字 zì, des mots, 詞 cí, alors que rien n'indique, dans l'écriture de cette langue, les limites entre mots) ou quelque autre séparateur de mots (comme le point, parfois utilisé par les Romains dans les inscriptions monumentales enlatin), il ne serait pas possible de trouver des mots dans toutes langues. Pourtant, on s'accorde pour dire que chaque langue en possède. D'autre part, la grande majorité des langues n'est pas écrite.
une personne écoutant un énoncé prononcé dans une langue qu'il ne connaît pas ne pourra pas en identifier les mots. S'il sait ce qu'est un phonème, en revanche, il pourra les identifier sans comprendre le sens de l'énoncé ; s'il est possible d'identifier les mots en séparant ceux d'un énoncé par des pauses (dans la phrase jamais. il. ne. vient on ne pourra placer des pauses — symbolisées ici par des points — qu'entre les mots), ou en les permutant (Jean. Pierre. Mot → Mot. Jean. Pierre) que faire de mots comme ceci et ceux-ci ? Est-il logique le premier ne compte que pour un mot et le second pour deux alors que ceci n'est qu'une manière d'écrire *ce-ci et que ceux ne peut être séparé de -ci sans changer de sens ? De même, que penser d'aujourd'hui qui est historiquement une locution composées de quatre mots (au jour d'hui) lexicalisée ? Au, jour et d(e) peuvent être identifiés comme des mots mais pas hui. Enfin, au, résultat d'une agglutination, compte-t-il pour un mot ou deux (à+le) ? Pomme de terre est-il un mot, ou bien trois ?
Mot et notion. Nomination. Structure sémantique Tout mot possède sa propre structure morphologique, sa valeur grammaticale. Les formes grammaticales organisent la matière lexicale, expriment les rapports entre les mots notionnels. Le sens grammatical est toujours abstrait. On distingue les mots autonomes (noms, pronoms, verbes, adverbes) et les mots-outils (expriment les rapports grammaticaux). Tout mot est porteur de différentes fonctions. On distingue 3 fonctions essentielles des mots: rationnelle (logique), nominative et expressive (affective). La majeure partie des mots est appelée à rendre des notions. C’est leur fonction rationnelle. En traduisant les notions les mots désignent les objets, propriétés, faits ce qui constitue leur fonction nominative. (Jeanne, Paul – nomment certains êtres, les noms géographique traduisent des notions uniques – Paris, France). Les mots -outils n’ont pas de fonction nominative (expriment les rapports grammaticaux entre les faits). Les mots peuvent avoir une valeur neutre ou affective (expressive). La plupart des mots ont une valeur neutre: aller, faire, homme, femme. Les mots à valeur affective traduisent les sentiments humains, l’attitude de l’homme envers la réalité. Ce sont: coquin, nigaud, mouchard, flic, capitulard.
La signification lexicale reflète les liens du mot avec l’objet qu’il nomme. Ce sont les concepts qui déterminent la signification lexicale du mot (mais la signification lexicale est la catégorie linguistique, tandis que le concept est la catégorie logique). La signification est toujours concrète. Les significations lexicales sont de trois types essentiels: nominatives, phraséologiquement liées et syntaxiquement conditionnées. Le caractère des rapports entre les mots à significations nominatives est déterminé par la réalité. (Mains – sales, propre, courte, longue, laide). Les significations phraséologiquement liées ne dépendent pas des rapports entre les faits de la vie réelle. Elles s’actualisent seulement dans les groupements tout faits (on emploie des clichets, groupements traditionnels) – remporter une victoire, obtenir un triomphe. Les significations syntaxiquementconditionnées s’actualisent dans des conditions syntaxiques particulières. (réction différente des verbes – distingue leurs signification: on use une chose – on use d’une chose, on manque une visite -on manque de patience. Les adjectifs postposés et préposés – leurs significations sont donc syntaxiquement conditionnées. – garçon méchant – une méchante cravate (mauvaise).
Il est évident qu’il n’y a pas de lien organique entre le mot, son enveloppe sonore, sa structure phonique et l’objet qu’il désigne. Pourtant le mot, son enveloppe sonore est historiquement déterminé dans chaque cas concret. Au moment de son apparition le mot ou son équivalent tend à être une caractéristique de la chose qu’il désigne. On a appelé vinaigre l’acide fait avec du vin, tire-bouchon – une espèce de vis pour tirer le bouchon d’une bouteille. Un sous-marin est une sorte de navire qui navigue sous les eaux et un serre-tête – une coiffe ou un ruban qui retient les cheveux. De même pour les vocables existant déjà dans la langue, mais servant à de nouvelles dénominations. Aiguille – le sommet d’une montagne en pointe aiguë grâce à sa ressemblance à une aiguille à coudre. L’enveloppe sonore d’un mot n’est pas due au hasard, même si elle paraît être. La table fut dénommée en latin «tabula» – planche parce qu’autrefois une planche tenait lieu de table. Le mot latin «calculus» (caillou) servait à désigner le calcul, car anciennement, on comptait à l’aide de petits cailloux. La dénomination d’un objet est basée sur la mise en évidence d’une particularité de cet objet. Le sens premier (originaire) est appelé sens étymologique.
Ainsi, sens étymologique du mot table est planche, linge – lat. lineus, adj. de lin; candeur – lat. candor, blancheur éclatante; rue-lat. ruga-ride. Travail – lat. pop. tripalium-instrument de torture; penser-lat. pensare-peser; traire – lat. traher-tirer. A l’époque actuelle le sens étymologique peut ne plus être senti. La question des motivés et immotivés est liée au sens étymoloogique, mais il n’y a pas de parallélisme absolu (sens étymologique appartient à l’histoire du mot, la motivation reflète l’aspect actuel). Tous les mots d’une langue ont forcément un sens étymologique, alors que beaucoup d’entre eux ne sont point motivés: Chaise, table, main, sieste, fortune. Motivés: journaliste, couturière, alunir, porte-clé, laisserpasser. La motivation de ces mots découle de leur structure formelle, et elle est conforme à leur sens étymologique.
Dans chaque langue on trouve des motivés et immotivés. Il n’y a pas de langues où rien ne soit motivé et où tout soit motivé. Le français se caractérise par l’arbitraire du signe. Si le mot est motivé, on dit qu’il possède une forme interne. Parfois cette forme interne est la même dans les langues différentes. Pourtant la forme interne des mots revêt le plus souvent un caractère national. Prunelle – de la petite prune (en russe du verbe – voir). Pommade – pulpe de pomme (en russe – enduire). Le mot étymologie est emprunté au lat. etymplogia, du gr. etumologia, qui se rattache lui-même à l’adjectif «vrai» . Dans l’Antiquité, c’était une recherche destinée à connaître le vrai sens des mots, parce que l’on croyait que celui-ci était nécessairment reflèté par la forme. L’étymologie est la partie de la linguitique qui étudie l’origine des mots. L’étymologie se dit aussie de l’origine d’un mot particulier. L’étymon est le mot qui est à l’origine du mot que l’on étudie: le mot français partir a comme étymon le latin vulgaire partire, lat. clas. partiri. L’étymologie sert à connaître le passé de la langue et fonde les relations existant à un moment donné entre les mots d’une meme famille.
Du point de vue de l’origine, les mots français peuvent être rangés en trois grandes catégories: le fonds essentiel, appelé fonds primitif, est constitué par le latin, auquel il faut joindre quelques survivances de langues antérieures et des mots pris aux Germains à la suite des invasions; – les mots empruntés à des langues étrangères depuis le moment où le français est devenu une langue distincte du latin; – les mots français formés à partir des mots deux catégories précédentes. Le mot français est avant tout une unité graphique. Le français est une langue faite surtout pour l’oeil. L’orthographe française est une des plus compliquées qui soient: son apprentissage exige un effort considérable. Mais elle est une garantie de stabilité et de précision de la langue française. Au point de vue sémantique le français pratique «l’arbitraire du signe» . Un autre trait du vocabulaire est son caractère abstrait, ce qui le rend relativement peu expressif, mais particulièrement apte à exprimer les idées.
Bibliographie 1. Лексикология современного французского языка / Н. Н. Лопатникова, Н. А. Мовшович. – М. , 1982. 2. Супрун, А. Е. Методы изучения лексики / А. Е. Супрун. – Мн. , 1975. 3. Лингвистический энциклопедический словарь. – М. , 1990. 4. Cours de lexicologie française / Z. N. Lévite Minsk, 1963.


